Février 2021 : Ils ont abordé le Temps, par Idriss NAOUI
Une question universelle se pose aujourd’hui : « Qu’est-ce que le temps ? ». S’agit-il du simple chiffre indiqué sur une montre, le mouvement des aiguilles, la progression du soleil dans la journée ? La notion est bien plus vaste et nous allons suggérer des pistes de réponses au travers de nos recherches.
Fondamentalement, le temps serait du mouvement et plus précisément, une continuité indéfinie, un milieu où se déroule la succession des évènements et des phénomènes, les changements, mouvements, et leur représentation dans la conscience. En d’autres termes, cette complexité montre que l’on ne peut réduire le concept à sa seule mesure. Le mouvement que nous lisons sur notre montre n’est qu’une représentation du temps au travers d’une série d’autres représentations inventées par l’homme pour mesurer son écoulement. Cependant, le temps subsiste en dehors de ses représentations. De même, il y a plusieurs facettes, allant de la physique à la psychologie. Les philosophes et les physiciens, sans avoir de réponse exacte, ont débattu de la véritable nature du temps, pour essayer d’étudier sa réalité psychologique à travers les sensations, les qualia et les comportements humains. D’ailleurs, l’homme serait-il le seul à percevoir le temps, intellectuellement parlant ? Et si oui, par quels mécanismes cognitifs ? La mémoire ? Tout cela semble encore plus vaste.
La conception du temps est intimement reliée au cerveau, d’où la pertinence de monter des expéditions scientifiques qui soient en lien avec les neurosciences, comme nous le faisons en ce moment. Évaluer la perception du temps relève à la fois du subjectif, mais aussi de la dépendance aux habitudes des personnes. Si ces dernières sont perturbées, alors ce sont de nouveaux faisceaux d’indices qui peuvent apparaître. Mettre ainsi des individus en situation d’anomie, comme un confinement extrême, peut avoir des effets positifs pour l’étude et la collecte de données nouvelles relatives au temps.
Paradoxalement, il n’y a pas un seul temps, mais des lignes temporelles multiples que l’on perçoit différemment en fonction de nos années de vie, de l’enfance jusqu’à l’âge le plus avancé. On a appris avec les expériences à ritualiser le temps, notamment pour le lever, le déjeuner, le coucher, etc. Mais l’échelle temporelle, qui ne dispose pas de réflexions suffisamment absolues encore, ne peut se cantonner qu’à des rituels. Il faut dépasser nos conceptions, parfois étriquées, et souvent millimétrées en fonction de ce qui nous rassure : les repères.
En perturbant nos repères, nous créons des sortes d’interstices temporels, visant à produire de nouvelles façons de vivre, tout en misant sur un recalibrage de la synchronicité à un cadre et/ou à un groupe de semblables. La notion de temps se construit donc progressivement et à tout moment de la vie, en réalité. Le flux d’informations perçu lié au temps, chaque jour, inconsciemment, est considérable, sans compter que l’on dispose tous, de rythmes circadiens régulés par un mécanisme de base du traitement du temps : une horloge interne.
L’animal social que nous sommes est ainsi capable biologiquement de discriminer le temps, tout en ignorant sa nature : paradoxal ! De même, notre perception est susceptible de varier en fonction du rythme de base de cette horloge interne, son accélération augmentant la vitesse du temps subjectif et sa décélération la diminuant. Le temps passe ainsi plus vite sous l’effet de stimulants (amphétamine, caféine) ou de l’élévation de la température du corps et moins vite sous l’effet de sédatifs (somnifère, barbiturique), ou avec un manque de flexibilité attentionnelle ; l’horloge étant accélérée dans un cas et ralentie dans l’autre. Cela n’est qu’un échantillon d’exemples qui expliquent aussi cette approche psychologique du temps. Les stimuli que l’on reçoit conditionnent cette dimension et avec de la pratique, une introspection, un recul analytique, il est possible de mieux gérer cet élément quasi surnaturel, notamment en apprenant à attendre ou à vivre l’instant présent pour paraphraser Eckart Tolle.
Le temps est omniprésent, sur le calendrier comme dans nos têtes. Il appelle à la raison, aux sens et à la capacité de projection. Cette dernière a donné vie à nos conjugaisons différenciées. On agit aussi en fonction de la saisonnalité, on célèbre des dates à tel ou tel instant. Tout semble ordonné dans un ensemble quantique supposé chaotique. Sans évoquer un Architecte céleste, que cela soit Chronos ou une tout autre déité, le temps surpasse notre entendement. Si le temps attire autant, c’est qu’il est un vecteur universel de la conscience, un élément incompressible. En effet, le temps est multiple, tout comme le fait que notre vécu conscient de la temporalité est variable, voire élastique. L’expérience que l’on peut faire du temps nous est à la fois commune et à la fois très personnelle.